La campagne présidentielle de 2012 : du rôle des électeurs
La campagne présidentielle de 2012 n'est pas fondamentalement différente des précédentes. On y retrouve les mêmes ingrédients : populisme, peur, mensonge, accusations et simplisme.
Mais si on regarde l'évolution de la société sur les trente dernières années, nous voyons surgir une tendance plutôt négative côté électeurs : les français se dépolitisent et ne font de la politique que pour protester ponctuellement et non pour exercer leur droit à prendre en main leur avenir.
Si les approches simplistes fleurissent, c'est bien parce qu'on cesse de réfléchir. Si le niveau des campagnes baisse, c'est parce que ça passe. Si ça passe, c'est parce que l'électeur moyen devient adepte du simplisme. On lui sert une idée simple - trop simple pour être correcte - mais qui lui donne l'impression de comprendre le monde.
Pourquoi l'électeur lambda a-t-il cessé de décortiquer les programmes, de développer ses thèses politiques, d'imaginer le monde, d'être un acteur ?! Parce qu'il a peur.
L'abandon du pouvoir aux politiciens fausse la démocratie mais les électeurs ne peuvent que s'en blâmer. Les politiciens qui ont pour seule vocation le pouvoir encouragent une telle situation, à coup de vote dit utile, une notion aberrante.
Si chacun votait pour une idée conforme à sa vision de l'avenir il y aurait une véritable démocratie.
Quelques facteurs sous-jacent à cet état d'esprit peuvent être cités :
• Le confort de la vie
Dans les sociétés occidentales, dès lors que la majorité a acquis un certain confort de vie, les engagements politiques individuels reculent.
Il est effectivement rassurant de croire que les droits que nous avons ne peuvent nous être retirés. C'est une erreur : rien n'est jamais acquis. Il faut aussi se souvenir que par définition la décadence fait suite à la prospérité.
• Le vote utile
On nous pousse à faire un choix a défaut du quel, le pire arrive : encore une notion de peur.
Cela fausse une élection. Sans s'en rendre compte, les électeurs n'expriment plus leurs idées mais le résultat d'un calcul or un calcul peut être faux. La seule chose dont un électeur devrait être sur ce sont ses idées. Celles-ci devraient être exprimées telles quelles sont.
•Le simplisme, fruit de l'inculture ou d'une simplicité d'esprit, on peut avoir une vision naïve du monde. Penser, par exemple, que le monde se divise en bons et mauvais, en gentils et méchants. L'homme politique habile encouragera une telle vision du monde en se posant en protecteur des bons (vous bien sur !). On retrouve typiquement cet état d'esprit aux Etats-unis. Au lendemain du 11 septembre, le sentiment patriotique était si exacerbé qu'exprimer un désaccord avec le président était perçu comme de la trahison.
Peut-on imaginer situation plus confortable pour un dirigeant ? Le simplisme, enrobé de patriotisme creux est une méthode vieille comme le monde mais elle ne fonctionne que lorsque le peuple confie son sort, aveuglement, à l'homme politique.
•Croire qu'un individu n'a aucun pouvoir
On entend souvent dire : pourquoi voterais-je ? mon vote ne changera rien.
Que faudrait-il faire alors ? Donner le pouvoir absolu à chaque personne ? La démocratie n'a de sens que si on admet que nous sommes un élément faisant partie d'un tout.
Après cela, il ne faut pas minimiser l'importance du citoyen face au système. Si l'argent a de la valeur, c'est parce que nous le voulons bien. Beaucoup de politiciens essayent de professionnaliser la politique, faire croire qu'avoir une vision de l'avenir est réservé à des experts.
Des systèmes de décision complexes, des montages économiques imbriqués y contribuent. Ils donnent l'impression que notre avenir dépend d'une grosse machine dont on a aucune vue d'ensemble. Nous avons alors l'illusion que si on proteste trop, s'il y a un semblant de révolution, tout s'écroulera. Ca nous encourage à abandonner notre avenir à une poignée d'hommes et dès lors, à vivre dans la crainte d'une situation inconnue.
Pour résumer, la passivité de l'électeur, le niveau des débats ne présagent rien de bon. Comme disait Vaclav Havel « L'élément tragique pour l'homme moderne, ce n'est pas qu'il ignore le sens de sa vie, mais que ça le dérange de moins en moins. »
Le pouvoir politique doit selon vous, trouver ses fondements...
Illustration : élection en Allemagne en 1946
