Pourtant, le citoyen pourrait ne pas comprendre les termes des débats et l’origine des polémiques qui entourent les réformes de la recherche et de l’enseignement supérieur : publications, brevets, instituts, heures d’enseignement ou encore autonomie des universités.
Les discours cachent-ils la quête du meilleur service public en adaptant les organismes de la recherche aux demandes de la société ou est-ce plutôt un simple raccourci économique servant à faire de menues économies ?
Les réformes
Il existe deux types de réformes polémiques : l’autonomie des universités, et la réforme du CNRS. Ces deux institutions regroupent l’essentiel des chercheurs du service public. Les enseignants-chercheurs œuvrent dans les universités. Ce sont des fonctionnaires ayant en charge et la formation des étudiants et la recherche scientifique. Leurs collègues du CNRS se consacrent entièrement à la recherche.
Le CNRS (logo ci-dessus) jouit d’une forte visibilité internationale et se caractérise par un recrutement et une politique nationale. Les universités sont indépendantes les unes des autres y compris dans leur recrutement.
La réforme des universités soulève plusieurs problèmes dont on peut citer trois points :
- L’éternel problème de l’évaluation des activités ;
- Le volume des enseignements ;
- La gestion des laboratoires par les universités.
Tout le monde est d’accord pour dire que l’évaluation est nécessaire mais comment évaluer l’enseignement ?
Les enseignants-chercheurs français sont parmi ceux qui enseignent le plus en Europe. La réforme actuelle irait dans le sens d’augmenter leurs quotas d’heures ce qui se ferait au détriment de la recherche et du recrutement des jeunes.
L'autonomie des universités les poussera, de plus en plus, à gérer les activités scientifiques qui étaient en grande partie sous la responsabilité du CNRS. Il est à noter que de nombreux projets de recherche sont des projets de dimension nationale voire internationale or les universités sont par définition locales.
La réforme du CNRS est plus subtile mais tout aussi problématique. On distingue trois points, très corrélés à la réforme de l'université :
- L’évaluation de la recherche. Le système proposé est décalé par son simplicisme.
- Le financement de la recherche. De plus en plus tourné vers des entités privées.
- La décentralisation de la recherche. De plus en plus confiée aux universités.
Le système d'évaluation proposé tendrait à favoriser les recherches à court terme au détriment de la recherche à long terme. Les laboratoires se verraient même attribuer des crédits en fonction de leurs publications avec des règles étrangement simples pour convenir à un monde complexe : tant de publications pour tant d'argent.
Or on ne publie pas de la même manière selon le domaine et selon le projet. Il existe des projets à court terme et des projets à long terme.
Les physiciens qui construisent des accélérateurs doivent s’y consacrer pendant des années. Même en s’associant en collaborations de centaines de chercheurs de différents pays ils publieront très peu pendant cette phase avant de publier intensément lors de la mise en marche de ces grands instruments. Faut-il réduire les vivres des laboratoires pendant les années où ils investissent justement le plus ?
Concernant les financements, certaines thématiques se prêtent au jeu de l’économie, et c’est tant mieux mais cela reste limité. Jamais les Curie n’auraient réussi à vendre leurs recherches à des industriels car personne ne pouvait affirmer qu’ils mettaient le doigt sur ce qui allait être la plus puissante source d’énergie jamais découverte.
Avec une telle approche, leurs recherches, celles d’un Einstein ou d’un Feynman (pour ne citer que des physiciens mais la liste est longue dans tous les domaines) auraient été traitées comme des activités farfelues, irréalistes. Cinquante ans après, nous savons qu’elles ont changé l’histoire de l’humanité.
C’est l’essence même de la recherche de s’attaquer à des problèmes dont on ignore tout, ou presque : dont on ignore le comment, le pourquoi mais aussi l’intérêt. On ne peut pas dire à priori si une recherche sera utile, si elle va aboutir.
C'est pour cela qu'on ne peut pas faire de la science une marchandise : l'activité scientifique n'a de valeur qu'a posteriori.
Les derniers points fâcheux et la décentralisation de la recherche. De nombreux gouvernants souhaiteraient transformer le CNRS en une « agence de moyen ». Le CNRS est actuellement un corps possédant des moyens, du personnel scientifique et technique, gérant des projets selon une politique scientifique centralisée décidée par des commissions de scientifiques experts avec l’aval de l’état, ce qui est légitime pour un service public.
Dans sa nouvelle forme, il ne gérerait plus de laboratoires ou de projets mais se contenterait de les financer. C’est la forme que redoute la majorité des scientifiques car cela signifierait que le CNRS se contenterait d’attribuer des moyens à tel ou tel projet, géré par des entités locales : les universités. Le CNRS disparaîtrait en tant que corps et en tant que gestionnaire scientifique.
Une gestion nationale n’était-elle pas nécessaire pour la recherche ?
Que diriez-vous si vous appreniez que la défense allait être décentralisée ?! Que, désormais, il est de la responsabilité d’un préfet de trouver les moyens d’armer les garnisons de son département par les impôts locaux ! Ce serait aussi ridicule que dangereux. Décentraliser la science l’est autant.
Le CNRS est doté d'une commission d'éthique en charge de se prononcer sur l'aspect étique des recherches. Celà n'est possible que parce que les différentes thématiques de recherche sont gérées par un seul organisme.
Seul point positif des réformes, la création de 5 nouveaux instituts qui regrouperont et porteront à l'échelle nationale certains secteurs de la recherche ce qui permettrait de mutualiser les moyens du CNRS.
Il est difficile pour les citoyens non initiés de comprendre les implications de ce type de réformes mais en même temps, l’importance de la recherche scientifique est admise par la majorité, recherches financées par les impôts des citoyens, recherches qui ont fait que nous ne sommes plus à l’âge de la peste, de la charrue, de la bougie ou de la terre plate.
D’où les sondages suivants : qu’elle est votre perception des réformes de la recherche et de l’enseignement supérieur ? Et plus généralement : quelle importance accordez-vous à la recherche scientifique ?
| Quelle importance accordez-vous à la recherche scientifique ? |
- Quelques chiffres concernant la recherche en France :
- Le CNRS est classé au quatrième rang mondial dans le classement des instituts de recherches.
- Le CNRS c'est plus de 11000 chercheurs et plus de 14000 ingénieurs, techniciens et administratifs.
- Seuls deux instituts du CNRS ont étés créés par décrets : l'IN2P3 (Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des Particules) et l'INSU (Institut des Sciences de l'Univers). La reformes actuelle étendra le système des instituts aux autres domaines.



